Bruno Mettling : « Nous voulons accompagner l’ensemble du cycle de vie de la startup en Afrique »

Le 16 novembre dernier à la conférence Africom en Afrique du Sud, le groupe Orange a remis le Prix de l’entrepreneur social en Afrique à 4 start-up africaines en provenance du Maroc, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de Madagascar. Arrivée à la première place du classement, MedTrucks, une start-up marocaine de la e-santé qui lutte contre les déserts médicaux sur le continent, est repartie avec une dotation de 25.000 euros, un accompagnement technique d’une année, ainsi que le financement d’un dépôt de brevet. En charge des opérations du groupe Orange en Afrique et au Moyen-Orient depuis qu’il a succédé à Marc Rennard en mars 2016, Bruno Mettling revient sur les objectifs de ce prix, remis chaque année depuis 2011, dans une interview exclusive accordée à StartupBRICS.

Que recherchez-vous avec ce prix de l’entrepreneur social en Afrique ?

Orange souhaite soutenir les start-up africaines qui se démarquent par leur volonté de porter des projets innovants durables et sociétaux en faveur du développement de leur pays. En d’autres termes, des start-up qui conjuguent le digital, le numérique et la créativité entrepreneuriale pour résoudre des enjeux de développement. D’autant que ces start-ups, parce qu’elles sont tournées vers des problématiques de société, sont moins aptes à attirer des investisseurs traditionnels, en raison de retours sur investissement moins rapides, moins conséquents.

Depuis la création du prix en 2011, nous avons reçu 3 500 candidatures, dont 750 projets pour la seule année 2016. Chaque année, nous récompensons des start-up avec des prix allant de 5.000 à 25.000 euros. Et depuis 5 ans, 95% des lauréats que nous accompagnons sont non seulement toujours en activité, mais poursuivent leur croissance, créent des emplois, amplifient leurs innovations. Tous les lauréats sont mentorés et accompagnés par les experts et les équipes du groupe Orange, dans tous les domaines. Nous finançons également les dépôts de brevets des lauréats.

Le gagnant cette année est une start-up marocaine spécialisée dans la e-santé, c’est une de vos priorités?

MedTrucks développe des caravanes de santé mobiles et connectées au Maroc et en Afrique, afin de lutter contre les déserts médicaux. Or certains de mes collaborateurs qui pilotent notre nouvelle ligne de business e-santé, lui avaient déjà apporté du conseil. Nous allons donc amplifier cette collaboration dans un domaine  qui monte en puissance au sein du groupe.

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Parmi les reproches que l’on vous fait, la question du coût de l’internet arrive en premier ! N’est ce pas justement le premier frein à l’entrepreneuriat ? 

Nous entendons et comprenons les critiques, les entrepreneurs ne sont d’ailleurs pas les seuls à se plaindre. Je tiens néanmoins à souligner les baisses importantes des prix dans les pays où Orange est implanté. Le second élément à prendre en considération, c’est la constitution du coût. Il résulte de l’environnement fiscal, de la maintenance des réseaux, des services, etc. Ce coût de l’internet qui requiert des investissements importants qui relève d’une responsabilité collective. Car la 2G, la 3G et maintenant la 4G représentent pour les opérateurs des investissements considérables

Vous accompagnez aussi la création d’incubateurs. Quel bilan après 5 ans ?

On ne peut pas prétendre être un partenaire de la transformation numérique des pays dans lesquels on opère, et ne pas encourager le développement d’écosystèmes digitaux avec les moyens qui sont les nôtres.  Nous avons commencé avec le CTIC au Sénégal en 2011, quand nous étions encore peu à soutenir la création d’incubateurs en Afrique. Nous avons ensuite étendu le dispositif au Niger, en Guinée, au Mali, en Côte d’Ivoire. Notre enjeu est désormais de couvrir l’ensemble du cycle de vie de la startup : de l’idée à l’incubation en passant par l’injection ou la réinjection de capitaux. Nous avons basculé en open source toute une série d’API, car, pour un entrepreneur, accéder facilement à un système de « billing », de géomarketing, de paiement mobile, c’est essentiel.

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Niokobok, startup fintech sénégalaise lauréate du POESA 2012

Allez-vous renforcer vos investissements dans les start-up africaines ?

Le fonds d’investissement Orange Ventures, dont notre président Stéphane Richard a voulu la création, va se démultiplier en terres africaines. Pour pouvoir réinvestir de manière forte en capital en développant de nouveaux partenariats ou en soutenant des fonds de fonds qui investissent en Afrique. Comme nous l’avons déjà fait avec le fonds de capital-risque Teranga Capital au Sénégal. Nous préparons de nouvelles initiatives sur le financement en 2017 et Orange fera des annonces sur ce sujet prochainement.

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About Samir Abdelkrim

Entrepreneur, consultant en innovation et blogueur terrain, Samir Abdelkrim est également le fondateur de StartupBRICS.com, le premier média francophone spécialisé sur l’innovation dans les pays émergents. Samir Abdelkrim passe 8 mois par an à explorer les écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique (dont il a déjà parcouru 20 pays), pour rencontrer les meilleures startups du continent. Il connecte les entrepreneurs les plus prometteurs avec des investisseurs et des grands groupes, ou bien leur faire gagner de la visibilité dans les grands titres nationaux comme le Huffington Post, Les Echos ou Le Monde où il est chroniqueur Tech spécialisé sur les startups africaines. Du Sénégal au Botswana en passant par la Tunisie, la Côte d’Ivoire, Madagascar ou le Kenya, Samir Abdelkrim a déjà rencontré une centaine de startups dans le cadre de son projet #TECHAfrique, une expérience terrain et une aventure humaine à la rencontre de ceux qui font battre le pouls de l’Afrique 2.0, expérience dont il tirera un livre en préparation, Startup Lions.

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