Coliba, la startup qui propose la collecte intelligente des déchets d’Abidjan

L’Afrique est sujette à des défis environnements importants aussi bien au niveau de la gestion des déchets que la mise en place d’une politique environnementale pérenne dans laquelle les citoyens se sentent impliqués. Dans la majorité des pays africains, la gestion des ordures reste très primaire et le recyclage n’est pas réellement ancré dans les mœurs. L’équipe StartupBRICS s’est entretenue avec Yaya Koné, confondateur de Coliba, une startup Ivoirienne qui veut révolutionner la collecte des déchets et la valorisation des déchets plastiques.

COLIBA est l’une des rares startups africaines orientées vers l’environnement et la première qui revalorise les déchets plastiques en Côte d’Ivoire. Quel constat vous a poussé à proposer des services alliant technologie et revalorisation des déchets ?

Nous sommes partis d’un constat très simple. Nous avons effectué un voyage en Afrique de l’Ouest dans 7 pays et ce pour un concours organisé par Ampion (Association allemande). Ce concours recommandait donc de présenter des projets dans le domaine du développement durable. Notre constat était simple, comment réduire les déchets plastiques qu’on voyait un peu partout avec une innovation technologique ? C’est de là qu’est venu le projet COLIBA. Après, on s’est bien rendu compte que ce défi était assez important dans la mesure où en Côte d’Ivoire, on produit 5 millions de tonnes de déchets/an.

Vos concurrents sont des acteurs informels qui collectent directement les déchets et les revendent aux entreprises de recyclage. Quelle est votre stratégie pour convaincre vos utilisateurs potentiels que vos services sont préférables ?

La question peut se poser car certaines populations en Afrique ne sont pas encore réceptives à tout ce qui repose sur le digital ou le numérique (App web, sms,…)
La stratégie chez nous est double:
• La première stratégie est de permettre aux ménages et aux particuliers de saisir la valeur de leurs déchets en plastique; c’est-à-dire qu’on convertit ces déchets en points et bonus. Ces points sont convertis en bon d’achats, en alimentation de base et des kits scolaires en fonctions des quartiers.
• Le deuxième enjeu, c’est que pour nous les bouteilles plastiques doivent être considérées comme de la matière première. Et donc, des personnes qui y vivent dans le secteur informel doivent y vivent de manière très formelles grâce à des formations que nous offrons à ceux-ci. Nos services prennent en compte toute couche sociale dans le mesure où, ceux qui n’ont pas Internet, ni de téléphone pourront entrer tout simplement en contact soit par appel pour l’accès à nos offres.

Selon vous, comment peut-on faire pour mieux sensibiliser les populations africaines aux problématiques et défis environnementaux ?

La question de la sensibilisation en Afrique doit être résolue de manière pédagogique. C’est-à-dire qu’il faut assez de pédagogie au niveau des enfants dans les écoles. C’est la base de ce travail qui pourra permettre de faire prendre un peu de conscience chez les adultes. A ce propos, nous initions des campagnes dans des écoles surtout dans les milieux défavorisés où les populations ne sont pas encore sensibles aux questions environnementales. Au-delà de la pédagogie, on initie des campagnes de dépollution de la lagune à Abidjan et ce, en partenariat avec des médias qui relaient ces informations aux populations. Ces actions peuvent sensibiliser les populations en Afrique sur les défis environnementaux.

L’implantation de Coliba dans le reste de la Cote d’Ivoire est un de vos objectifs. Quels sont, selon vous, les freins potentiels à votre expansion et à l’expansion d’entreprises de proximité basées sur application web comme Coliba?
Notre vision est globale ; elle concerne toute l’Afrique à long terme. L’expansion de notre projet dans toute la Côte d’Ivoire est entravée par des questions de financemen. Il faudra assez de pré collecteurs et une grande logistique pour couvrir le territoire ivoirien.

Notre projet ne repose pas uniquement sur une application web, mais aussi sur le volet mobile notamment les SMS. Un ivoirien sur 5 utilise le SMS. En faisant en sorte que nos ervices soient accessibles via SMS, on étend finalement notre offre à tous ceux qui sont connectés via un mobile. Pour ceux qui n’ont pas de mobile, il faudra passer par notre centre d’appels.

Beaucoup d’autres grandes villes africaines ont les mêmes problématiques qu’Abidjan au niveau de la gestion des déchets, envisagez-vous d’y exporter vos services ?

Nous envisageons d’être présent d’ici 2020 dans 3 autres pays dont le Nigeria, le Cameroun et le Sénégal pour des raisons stratégiques: le Nigéria qui est la première puissance économique en Afrique de l’Ouest, le Cameroun qui a une situation économique privilégiée en Afrique centrale et le Sénégal qui dispose d’une avancée très considérable en matière de TIC en Afrique de l’Ouest Francophone.

Les Services proposés par Coliba sont disruptifs par rapport à l’environnement africain mais sont similaires à ceux existant déjà en Occident. Comment vous inspirez-vous de ce qui existe déjà en Occident afin de l’adapter à un marché émergent ?

J’ai moi-même à la base fait mes études en France ainsi que le Co-fondateur de Coliba. Cette expérience de vie nous permet justement à ce jour de mieux adapter nos services en tenant compte des réalités en Afrique. Aussi, l’Afrique, est le continent de demain et il faut aujourd’hui présenter des offres qui tiennent compte du fait que le capital humain en Afrique va exploser dans les années à venir. Ce qui revient à dire que le volume de déchets plastiques va également exploser. Il faut donc en amont préparer les africains à cela avec des services assez originaux et innovants.

Comment vont évoluer les politiques environnementales en Afrique selon vous ? Quel rôle et quelle contribution pensez que vous Coliba peut avoir dans la réflexion autour de l’environnement en Côte d’Ivoire et en Afrique ?

Je pense qu’aujourd’hui, l’évolution de nos services permettra aux décideurs africains de se dire qu’il faut peut-être repenser la gestion des déchets en Afrique. Et il faudra s’appuyer sur l’expertise de COLIBA pour impacter cette vision auprès de tous les africains.
Les politiques environnementales vont changer avec des acteurs privés capables de réinventer tous types de défis liés à cet enjeu. Il en existe et des pays tels que le Rwanda et le Kenya qui emboitent déjà le pas à plusieurs pays sur le continent.

Vous pourrez plus d’informations sur Coliba sur : www.coliba.ci

About Samir Abdelkrim

Entrepreneur, consultant en innovation et blogueur terrain, Samir Abdelkrim est également le fondateur de StartupBRICS.com, le premier média francophone spécialisé sur l’innovation dans les pays émergents. Samir Abdelkrim passe 8 mois par an à explorer les écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique (dont il a déjà parcouru 20 pays), pour rencontrer les meilleures startups du continent. Il connecte les entrepreneurs les plus prometteurs avec des investisseurs et des grands groupes, ou bien leur faire gagner de la visibilité dans les grands titres nationaux comme le Huffington Post, Les Echos ou Le Monde où il est chroniqueur Tech spécialisé sur les startups africaines. Du Sénégal au Botswana en passant par la Tunisie, la Côte d’Ivoire, Madagascar ou le Kenya, Samir Abdelkrim a déjà rencontré une centaine de startups dans le cadre de son projet #TECHAfrique, une expérience terrain et une aventure humaine à la rencontre de ceux qui font battre le pouls de l’Afrique 2.0, expérience dont il tirera un livre en préparation, Startup Lions.

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