Startup Act rwandais : dans le sillage du Sénégal et de la Tunisie, la vague pro-Tech gagne le continent

Le 23 septembre 2020, par Philippine Leclerc, édité par Julie Lanckriet, StartupBRICS

Souvent montré en exemple pour le dynamisme de son écosystème numérique et pour sa politique de soutien à l’innovation, le Rwanda fait un pas de plus vers ses jeunes pousses avec la mise en place d’un Startup Act national. Un cadre juridique sur mesure qui permettra d’accompagner la création et le développement d’entreprises, déjà en place au Sénégal et en Tunisie. Un modèle qui fait des émules et pourrait bien s’implanter dans les prochains mois en Algérie, au Ghana, en Côte d’Ivoire et en RDC !

Inspiration.

La première session de débats ouverts au public a débuté au Rwanda le 27 aout dernier. Une consultation populaire de grande ampleur auprès de l’écosystème Tech local, qui est la marque de fabrique de la Fondation i4policy et qui a fait ses preuves. C’est en effet après les succès des Startup Acts tunisien et sénégalais promulgués en octobre 2018 et décembre 2019, dont l’élaboration a été pilotée d’une main de maître par la fondation panafricaine, que le gouvernement rwandais l’a choisie pour rédiger le cadre législatif de son propre Startup Act.

Mais que contiennent réellement ces textes de lois ? Au Sénégal, grâce au travail d’i4policy et de la détermination d’acteurs politiques tels que le Ministre Papa Amadou Sarr -Délégué Général à l’Entrepreneuriat des Jeunes et des Femmes au cabinet du Président de la République- les jeunes startups disposent aujourd’hui d’allègement fiscaux considérables. Elles bénéficient par exemple de trois ans d’exonération d’impôt sur les sociétés (IMF) et de cotisations liées à la Contribution forfaitaire à la charge des employeurs (CFE). En Tunisie, l’État prend à son compte les charges salariales et patronales de la startup ainsi que les frais d’enregistrement de ses brevets au niveau national et international. Le Startup Act tunisien permet également à des entrepreneurs de prendre un an de congé pour se dédier entièrement à leur projet d’entreprise. Des déductions fiscales pour les investisseurs rendent également le financement des startups tunisiennes plus attractif et avantageux pour les VCs. Ce ne sont là que quelques exemples de mesures, mais qui témoignent de l’engagement des États à encourager et soutenir leurs entrepreneurs – et avec eux l’ensemble de l’écosystème – au travers d’un cadre législatif dédié qui les soutienne et les encourage.

Le Convention Center de Kigali. Crédit Photo Vincent Fournier JeuneAfrique

Réflexion.

Pour construire le projet rwandais, i4policy a l’intention d’agir sur sept aspects des politiques publiques. Les réformes toucheront ainsi la gouvernance (simplification des procédures administratives et renforcement de la législation concernant la propriété intellectuelle), le financement (accompagnement des startups dès la phase de pré-amorçage), les infrastructures, les marchés, le soutien à la croissance (opérationnel et R&D), le capital humain (formation), et la culture (mise en réseau et développement personnel).

Les entrepreneurs feront partie intégrante du processus de création, à l’exemple du webinar de consultation publique organisé le 27 aout dernier, et travailleront aux côtés des politiques afin de proposer un projet exhaustif. Ce travail collectif permettra également de renforcer la confiance des acteurs de l’écosystème envers le projet de loi.

Potentiel.

Cette nouvelle législation devrait permettre au Rwanda de s’imposer encore davantage sur la scène Startup Africaine, comme l’un des modèles en terme de politique publique de soutien à l’innovation. Il affiche ainsi déjà des atouts majeurs en terme de compétitivité, grâce au dynamisme de sa capitale et à son écosystème d’entrepreneurs Tech extrêmement mobilisé. Kigali se place dans le top 6 du classement StartupBlink des écosystèmes africains les plus favorables aux startups et en 2019, le Rwanda était le seul pays d’Afrique avec l’Ile Maurice à arriver dans le Top 50 du classement Ease-of-doing-business de la Banque Mondiale.

Le Rwanda accueille également un très grand nombre de startups innovantes et prospères comme TorQue (distribution B2B), AC Group (transport), Rwanda Online (e-gouvernement), VugaPay (paiement en ligne) ou encore Mergims (transfert d’argent). La présence de plusieurs TechHubs de renom favorise tout autant l’émergence de jeunes entreprises et de projets, avec pas moins de 20 centres pour la seule capitale au nombre desquels Impact Hub, Wasterwelle Startup Haus, ou encore le kLab. Le Rwanda est aujourd’hui l’un des pays d’Afrique où il est le plus facile de s’installer professionnellement et où l’économie connait l’une des croissances les plus rapides au monde, avec un taux de croissance qui s’élève à 9,4% en 2019.

Tendance.  

La dynamique du Startup Act serait-elle en train de gagner peu à peu toute l’Afrique ? L’Algérie, le Ghana, la Côte d’Ivoire et la République du Congo devraient en effet se doter d’une telle législation dans les prochains mois. D’ailleurs, le travail est déjà lancé chez la plupart d’entre eux. Le Ghana a débuté le processus de création, une fois encore accompagné par la Fondation i4policy, et l’Algérie vient de créer un fond d’investissement de 10 millions d’euros destiné à soutenir les jeunes entreprises. En avril 2019, c’était le Mali qui annonçait son projet de Startup Act, lors du Sommet des Investisseurs d’Afrique Francophone. 

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