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Cross Dakar City, un jeu vidéo pour briser l’indifférence sur les enfants mendiants du Sénégal

A Dakar, ils seraient entre 30 000 et 50 000 « talibés », ces enfants des rues inscrits dans les écoles coraniques, soumis à la mendicité forcée et livrés à eux-mêmes. Et ce sont souvent aussi les premiers à se faire faucher sur la route. C’est pour alerter ses compatriotes sur l’étendue de ce gâchis humain que le jeune entrepreneur sénégalais Ousseynou Khadim Bèye a conçu Cross Dakar City, un jeu vidéo pour smartphone à mi-chemin entre le serious game et le jeu d’arcade qui met en scène Mamadou, un très jeune talibé qui décide de briser les chaînes de la mendicité et de fuir son maître pour retrouver ses parents biologiques. Le jeune aventurier devra traverser tous les quartiers de Dakar en slalomant du mieux qu’il peut entre les célèbres taxis jaunes et noirs sénégalais et autres « cars rapides », ces mini-bus conduits par de fervents mourides. Rencontre avec son concepteur.

Peux tu te présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

11112447_10153851613659528_8223068871349240603_nJe m’appelle Ousseynou Khadim Bèye. J’ai 32 ans et je suis sénégalais. Je suis ingénieur de conception en informatique de l’École polytechnique de Dakar et ingénieur généraliste de l’École centrale de Lyon (France).

« Victimes de violences en tout genre, les talibés vivent dans des conditions terribles »

Quelle fut la première étape, le premier déclic qui t’a poussé à démarrer l’aventure « Cross Dakar City » ? 

J’ai toujours voulu développer mon propre jeu vidéo, et j’ai fini par me lancer dans « Cross Dakar City » avec l’envie de sensibiliser à une thématique qui m’interpelle à Dakar : j’ai 32 ans et depuis que je suis né, le problème des talibés n’a pas changé, ils sont toujours dans la rue. Si on leur donne l’aumône, ils la ramènent à leur école, qui les renvoie ensuite dans la rue, ça ne sert donc à rien. Je me suis dit que j’allais utiliser mes compétences pour sensibiliser à ma façon.

Pour dénoncer les conditions de vie précaires et insalubres des talibés, ces enfants des écoles coraniques de la capitale sénégalaise, j’ai créé Cross Dakar City, un jeu téléchargeable sur mobile et tablette dans lequel le héros, le petit Mamadou, doit faire face aux dangers de la circulation pour retrouver ses parents biologiques.

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Pourquoi les talibés en particulier ?

Les talibés sont des enfants confiés par leurs parents à un marabout gérant une daara, une école coranique, pour y apprendre le livre saint de l’Islam. Or, ces écoles sont devenues de vraies entreprises de mendicité : les enfants, dès 5 ans, sont contraints d’aller mendier plusieurs heures par jour au milieu du trafic très dense de Dakar, où ils risquent de se faire faucher. Victimes de violences en tout genre, ils vivent dans des conditions terribles : logés en surnombre, ils n’ont bien souvent accès ni à l’eau ni à l’électricité et sont mal nourris.

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« De nombreux utilisateurs ont pris conscience du problème des talibés grâce à ce jeu »

Quelques métriques à nous communiquer ? Tu en es où ?

La page Facebook de Cross Dakar City est suivie par plus de 11 000 personnes. Les téléchargements ont naturellement suivi: Cross Dakar City a été téléchargé plus de 26 000 fois sur Android, 2 500 fois sur iOS et 2 000 fois sur Windows Phone (près de 80% des téléchargements ont été faits depuis le Sénégal). La France arrive en deuxième position en terme de pourcentage de téléchargement du jeu, suivie de l’Italie et des États-Unis. Cependant Cross Dakar City a été téléchargé dans plusieurs pays, entre autres, l’Allemagne, le Brésil, le Canada, la Côte d’Ivoire, l’Espagne et le Maroc.

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Arrives tu à générer du revenu à partir de ton jeu vidéo ? 

Mon modèle économique est basé sur de la publicité non intrusive diffusée dans le jeu. Le jeu en lui même est (et restera) gratuit. La principale difficulté que j’ai rencontrée est celle faire connaitre mon produit. J’ai tiré profit des réseaux sociaux (en créant une page Facebook et un compte twitter pour le pour le jeu) et en y communiquant régulièrement les nouveautés sur le jeu.

Cross Dakar City a été téléchargé plus de 26 000 fois sur Android, 2 500 fois sur iOS et 2 000 fois sur Windows Phone

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As tu des besoins précis en matière d’accompagnement ?

Mes besoins cruciaux sont des moyens de gérer une équipe de 3 à 4 personnes pour m’aider dans la conception, le développement, la réalisation des graphismes, la communication… Donc oui j’ai besoin de financement. J’ai également besoin d’accompagnement au plan logistique pour pouvoir disposer de bureaux adéquats pour me développer, car je travaille actuellement depuis ma maison.

Un dernier message à l’attention de la communauté #TECHAfrique et StartupBRICS dont je fais d’ailleurs partie : j’ai récemment lancé un Média Social nommé « By Senegalese People » dédié aux innovations Sénégalaises. Il s’agit d’une communauté (sur Facebook: https://www.facebook.com/bysenegalesepeople/ et Twitter: @bysnpeople) dont l’objectif est de faire la promotion des projets des sénégalais(es) aussi bien au pays que dans la diaspora. A ce jour, elle est suivie par près de 15 000 personnes ! 

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About Samir Abdelkrim

Entrepreneur, consultant en innovation et blogueur terrain, Samir Abdelkrim est également le fondateur de StartupBRICS.com, le premier média francophone spécialisé sur l’innovation dans les pays émergents. Samir Abdelkrim passe 8 mois par an à explorer les écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique (dont il a déjà parcouru presque 20 pays), pour rencontrer les meilleures startups du continent. Il connecte les entrepreneurs les plus prometteurs avec des investisseurs et des grands groupes, ou bien leur faire gagner de la visibilité dans les grands titres nationaux comme le Huffington Post, Les Echos ou Le Monde où il est chroniqueur Tech spécialisé sur les startups africaines. Du Sénégal au Botswana en passant par la Tunisie, la Côte d’Ivoire, Madagascar ou le Kenya, Samir Abdelkrim a déjà rencontré une centaine de startups dans le cadre de son projet #TECHAfrique, une expérience terrain et une aventure humaine à la rencontre de ceux qui font battre le pouls de l’Afrique 2.0, expérience dont il tirera un livre en préparation, Startup Lions. Samir est régulièrement invité comme Speaker dans des conférences sur l'innovation qui se tiennent en Europe, aux Etats Unis, en Afrique ou au Moyen Orient comme le festival international South By SouthWest, à Austin, Aspen Institute, le Global Entrepreneurship Summit, le New York Forum Africa, Banque du Liban Accelerate à Beyrouth et plus récemment au siège des Nations Unies.

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