One Planet Summit : les zoonoses au cœur du débat mondial pour la protection de la biodiversité

Le Palais de l’Élysée recevait lundi 11 janvier 2021 un panel fourni de chefs d’États et de gouvernements (Allemagne, Canada, Costa Rica, France, Italie, Mauritanie, Monaco, Norvège, Pays-Bas, République démocratique du Congo et Royaume-Uni), aux côtés des grands noms de l’engagement climatique mondial tels que Pascal Canfin, Président de la Commission environnement du Parlement européen, Marco Lambertini, Président du WWF international mais aussi Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur-Général de l’OMS ou encore Dongyu Qu, directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation. L’un des thèmes à la Une de ce débat mondial pour la préservation et la restauration de la biodiversité : les zoonoses -ces maladies transmises aux hommes par les animaux, un thème central de la 4ème édition du Sommet EMERGING Valley, Spécial Résilience, qui se tiendra les 7 et 8 avril prochains.

Après une matinée dédiée à l’initiative de la Grande Muraille Verte, projet de reforestation d’envergure au cœur du Sahel (voir notre Actu du 11 janvier), l’après-midi a laissé place à quatre temps forts consacrés à la protection des écosystèmes terrestres et marins, la mobilisation des financements pour la protection de la biodiversité, la promotion de l’agroécologie et enfin, les relations entre déforestation et santé humaine. Dans le somptueux écrin du Palais de l’Élysée, et alors que la crise sanitaire a souligné les effets de la destruction des habitats sauvages sur la multiplication des zoonoses, les chefs d’États ont présenté une nouvelle initiative multilatérale pour mutualiser ressources et connaissances, et sont revenus sur leurs engagements envers la lutte contre la déforestation.

Commencer l’année 2021 avec ce One Planet Summit est très important car c’est l’année de la réconciliation de tous nos défis

Emmanuel Macron, Président de la République française.

PREZODE : une coopération inédite de lutte contre les Zoonoses

Depuis 50 ans, l’émergence des crises liées aux zoonoses s’accélère : 75 % des nouvelles maladies infectieuses humaines sont en effet issues de la faune sauvage, en raison des pressions exercées sur la biodiversité. Avec la crise liée à la pandémie de la Covid-19, un virus d’origine animale, les chefs de gouvernements et hautes autorités de santé peuvent témoigner de son coût humain, sanitaire, économique et social considérable. Constatant les lacunes de leurs réponses individuelles et conformément à l’initiative « One Health » lancée en novembre 2020 (une seule santé pour la biodiversité, les animaux et les hommes), ils ont créé un dispositif visant à mieux anticiper les pandémies et à les combattre plus efficacement.

Nous ne pouvons pas revenir à l’ancienne normalité

Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU

L’initiative PREZODE (PREventing ZOonotic Diseases Emergence) a ainsi pu être présentée par le Président Emmanuel Macron lors du Sommet. Cette coopération inédite à l’échelle internationale entre acteurs de la recherche et réseaux de vigilance sanitaire travaillera à la prévention de nouvelles pandémies en provenance de réservoirs animaux. Elle pourra compter sur le soutien des coopérations existantes avec les régions du monde qui sont le plus confrontées à ces risques. Elle soutiendra également l’intégration et le renforcement des réseaux de santé humaine, animale et environnementale afin de mieux évaluer, détecter, et prévenir les menaces. Initiée par trois instituts de recherche français – INRAE, CIRAD et IRD – en concertation avec une dizaine d’autres organisations de recherche en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, PREZODE regroupe déjà plus d’un millier de chercheurs dans 50 pays sur les 5 continents. Cette initiative, développée sous l’égide du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, combinera des projets de recherche et des actions opérationnelles à l’international.

Engagement contre la déforestation

La session s’est poursuivie par une table ronde rassemblant chefs d’États et représentants d’ONG, qui sont successivement revenus sur la nécessité de protéger la biodiversité et sur les engagements pris par leur institutions ou pays respectifs.

Angela Merkel a ainsi annoncé l’adhésion de l’Allemagne à l’Alliance pour la préservation des forêts tropicales aux côtés de la France et du Costa Rica, la révision des chaînes d’approvisionnement en faveur des filières durables et son soutien à l’initiative One Health. Charles Michel, le Président du Conseil Européen, a quant à lui insisté sur la nécessité pour l’Union Européenne de s’engager sur son propre territoire pour la protection de l’environnement, en complémentarité à ses actions d’aide au développement à l’étranger. Il a présenté l’objectif de planter 3 milliards d’arbres d’ici 2030 en Europe et de développer les zones protégées. Suite à cette intervention, Qu Dongyu, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur-Général de l’OMS, ont insisté sur la relation étroite entre la biodiversité et les êtres humains en rappelant les dangers de la destruction des écosystèmes, et ont réitéré leur soutien au programme PREZODE. 

« Nous vivons dans un monde en constante mutation. Ce que nous traversons ne sera pas la dernière flambée épidémique de zoonose. Mais avec des politiques, une approche et un partenariats plus solides, nous pourrons en empêcher de nouvelles, nous y préparer et en atténuer les conséquences le cas échéant, bâtissant ainsi un monde plus sain, plus sûr, plus juste et plus durable pour tous »

Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur-Général de l’OMS

Les intervenants suivants, Mark Rutte, le chef du Gouvernement du Royaume des Pays-Bas,  Félix Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo, Pascal Canfin, le président de la Commission environnement du Parlement européen, et Marco Lambertini, le président du WWF international ont débattu sur la question de la déforestation importée.

Les Pays Bas ont ainsi annoncé avoir renouvelé leurs politiques publiques visant à identifier les entreprises responsables de déforestation, et les distinguer de leurs homologues environnementalement durables au moyen de Due Diligence. Le Chef du gouvernement a interpellé l’Union Européenne sur la nécessité de mettre en place des législations similaires applicables aux entreprises de l’ensemble des pays membres de l’Union. Le président congolais Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a rappelé les engagements juridiques, sociaux et politiques importants pris par son pays la RDC, en faveur de la préservation des forêts tropicales. Il a ainsi mentionné l’élaboration d’un code forestier posant les principes fondamentaux de gestion et de protection des forêts, la création de l’Agence Congolaise de Transition Écologique et du Développement Durable, ou encore la multiplication des aires protégées dans son pays qui abrite 10% des forêts tropicales mondiales, et 47% de celles d’Afrique.

La conservation de la biodiversité est un défi planétaire qui appelle une réponse mondiale

Han Zheng, vice-Premier ministre chinois

Pour finir la table ronde, Pascal Canfin, le président de la Commission environnement du Parlement européen a rappelé que les européens étaient les premiers contributeurs à la déforestation importée et que cela était évidemment en totale contradiction avec les engagements pris en faveur de la préservation de la biodiversité. Pour cette raison, sa Commission présentera en juin 2021 la première loi contre la déforestation importée liée aux matières premières. Faisant écho à l’intervention des Pays-Bas, la loi restreindra l’accès au marché européen pour les entreprises complices de déforestation. Les technologies joueront un rôle majeur dans ce travail de sourcing et de tracking.

En guise de conclusion, le Président de la République a réitéré sa détermination à suivre l’ensemble de ces engagements et a fixé, comme prochain point d’étape, le congrès mondial pour la Nature de l’UICN, qui se tiendra à Marseille du 3 au 11 septembre 2021.

Retrouvez ces grands enjeux et les experts de la biodiversité Europe-Afrique les 7 et 8 avril prochain, au cours du Sommet EMERGING Valley, au cœur du territoire des Bouches-du-Rhône -département pionnier dans l’engagement pour l’environnement.

About Julie Lanckriet

Julie Lanckriet-Goerig est auteur, journaliste Afrique sur les questions économiques et d’innovation et Directrice des Opérations au sein de StartupBRICS, EMERGING Valley et EMERGING Mediterranean. Forte de plus de treize ans d’expérience sur le Continent africain, Julie a travaillé pour diverses institutions telles que le ministère français des Affaires étrangères et l’Union européenne. Elle débute son parcours professionnel à Paris, en charge de l’animation du Laboratoire d’innovation du Ministère de la Défense avant de partir au Nigéria comme Chargée de mission Tech pour l’Ambassade de France à Abuja. Ayant développé un solide réseau au sein de l’écosystème numérique local, elle rejoint StartupBRICS depuis Lagos, pour piloter la ligne éditoriale et mener les missions de terrain. Aujourd'hui basée à Casablanca au Maroc, Julie travaille aux côtés de Samir Abdelkrim, Fondateur de StartupBRICS, sur l’ensemble des projets du groupe avec pour objectif de contribuer à la visibilité de la Tech africaine, accompagner ses entrepreneurs et renforcer leur impact social.