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Togo : Le Woelab contribue à positionner les technologies numériques africaines à l’international

Crée en 2012 dans la capitale du Togo, Lomé, le WoeLab est le premier FabLab de ce pays africain qui compte aujourd’hui 6 millions d’habitants. Le Woelab accueille, forme, incube et accélère une dizaine de projets de startups à forte valeur ajoutée à l’instar du projet W.Afate, première imprimante 3D « Made in Africa » fabriquée entièrement à partir du recyclage de déchets électroniques et qui a récemment fait parler d’elle en remportant un prix de la NASA en 2013, sur un total de plus de 700 projets en compétition.

Et c’est aux Etats Unis, et plus précisemment à New York, que le futur de la W.Afate peut se jouer, avec l’organisation la semaine prochaine 3D PRINT SHOW, l’évènement mondial de l’impression 3D qui a invité le projet W.Afate à venir représenter l’Afrique.

Fondateur et stratégiste du Woelab, Sénamé Koffi, vient nous parler de son FabLab et de sa campagne actuelle de levée de fonds pour partir exposer la W.Afate aux Etats Unis mais aussi pour tisser des liens entre l’Afriqueet les Diasporas Tech togolaises vivant à New York.

Bonjour Sénamé, explique nous en quoi consiste le Woelab ?

1903590_10202831973307767_35477478_nLe Woelab est une initiative originale de L’Africaine d’architecture, plateforme dont la ligne ‘modernité ancrée’ veut mettre en valeur, à l’intérieur de projets rigoureusement contemporains, des savoir-faire, dynamiques et ressources du cru. La structure teste sur Lomé depuis Juillet 2012, un programme de ville intelligente: « HubCités Africaines » qui s’appuie sur l’observation des sociétés traditionnelles, les moyens d’amener les citadins à reconquérir l’initiative dans la transformation et la gestion du cadre de vie. Sont visés dans cette optique, tous dispositifs pouvant favoriser la conscience du bien commun et l’action concertée (comme ces méthodes originales de collaboration que sont les barcamps), reconnecter les populations à l’environnement et rendre à nouveau possible une connaissance accélérée et intime des contextes (grâce par exemple à des technologies libres comme OSM) et restituer la capacité et les moyens du faire (comme les fablab). De fait, le projet se base sur l’installation d’un réseau de petits agora-fabriques de proximité.

WoeLab en est le premier modèle, défini comme un Espace de Démocratie Technologique et originellement installé pour servir stratégiquement cette utopie urbaine. Donc un open-lieu prévu pour accueillir tout projet  répondant à une problèmatique bien identifiée et en accord avec notre cahier des charge #LowHighTech, comme par exemple la création d’une imprimante 3D à partir de déchets électroniques. Il est géré sur un mode qui se veut collégial, par une communauté d’aujourd’hui une vingtaine de pensionnaires, au tiers féminin, , une moyenne d’âge de 20 ans (13ans pour le plus jeune) et tous profils (de l’ingénieur à l’artisan). Le projet devait s’adapter à un certain vide qui existait à Lomé; aussi  l’avons-nous pensé relativement évolutif, au point de mêler maintenant le programme initial de maker-space à ce celui de la maison de quartier, du coworking-space classique et de la pépinière d’entreprises innovantes.

Le Woelab est devenu aujourd’hui une sorte d’incubateur qui aide les jeunes togolais à créer leur startups ? Peux-tu nous dire deux mots sur votre modèle d’incubation?

Nous avons lancé, il y a quelques mois, le programme  « Silicon Villa »  avec la vision d’une “Base Autonome Collaborative!”. Il s’agit d’une approche pragmatique et stratégique de l’incubation entièrement basée sur la collaboration et élaborée pour atteindre l’autonomie financière du projet WoeLab qui à ce jour est pris en charge sur des fonds propres. Dans cette formule innovante, les startups que nous créons, toutes in situ se retrouvent au service les unes des autres et forment une sorte d’écosystème « total » où le plus de services possibles sont représentés, rendant possible une certaine autosuffisance au départ. Les premiers contrats s’obtiennent dans cette contiguïté, créant une émulation économique en étant tourné seulement sur le Lab ! De sorte qu’avant d’être ouvertes sur l’environnement proche puis au monde, les startups ‘wɔɛ’ bénéficient ainsi d’un bain d’incubation unique où Intelligence & Stratégie (‘NATIV), Design & Communication Visuelle Web (ZULOO) et  Ressources logistique (W.INCORP) entre autres, sont disponibles sur place. ZULOO par exemple fournit le service de création et de gestion de site internet à toutes le entreprises sœurs de la “Base”. Il s’agit d’un schéma d’incubation réellement basé sur la solidarité et l’entraide qui implique aujourd’hui 5 entreprises (2 sur du hardware et 3 startup web) dont certaines gagnent déjà de l’argent.

En fait, WoeLab n’aide pas les jeunes, il leur fournit simplement le moyen de s’aider eux-mêmes puisque nos pensionnaires sont responsabilisés et se trouvent aux manettes du dispositif.

 Quelle sont les prochaines étapes en 2014 ?

Notre récent programme de développement de startups a rapidement rencontré un certain succès avec 3 entreprises sur 5 sélectionnées parmi les 10 initiatives sélectionnées par l’Etat togolais sur l’ensemble du territoire, pour prétendre au titre du Projet Entrepreneurial de l’Année. Un challenge au terme duquel la startup “Made in WoeLab” ‘TERRES (spécialisée dans le developpement de machines-outils pour l’agriculture eurbaine) a décroché la palme. StartupBRICS a d’ailleurs mise en avant cette startup récemment dans un article.

En 2014, nous voulons monter en puissance notamment sur les entreprises « hardware » en envisageant la production en série de la W.Afate (pour lancer W.Incorporation, spécialisée dans la fourniture d’équipements par recyclage de e-déchets) et des produits permettant de faire entrer ‘TERRES sur le marché. Le gros chantier devra être dédié à la mise en place de systèmes de la formation efficients. Nous avons à faire à un terrain très difficile où nous devons composer avec le fait que nous sommes pionniers pratiquement en tout. Nous avons beaucoup à faire notamment pour installer définitivement et imprégner les réflexes , de cette culture startup qui est encore balbutiante au Togo. Et il nous faut y arriver en, fidèle à notre éthique, continuant d’actionner les ressorts démocratie, partage, économie etc. Beaucoup de solutions sont à l’étude dont une qui devrait intéresser StartupBRICS (ndlr : notamment par rapport aux propositions faites par StartupBRICS sur le Diaspora Entrepreneurship en Afrique, mais aussi sur comment la French Tech peut aider l’Afrique à accélérer son développement numérique grâce aux Diasporas Tech) : le projet de mettre sur pied une plateforme pour connecter nos pensionnaires impliqués dans les entreprises ‘wɔɛ’ avec la Diaspora Tech togolaise. Nous compter profiter de notre passage prochain par New  York pour impulser ce nouveau programme.

Justement, peux tu nous parler de la W.Afate et de ce projet d’aller exposer cette première imprimante 3D africaine à New-York?

Avec la W.Afate nous sommes en présence d’un fait assez inédit sous plusieurs aspects. Outre, il s’agit d’une occasion rare pour l’Afrique de ne pas se trouver en position de ne pas être rélégué en seconde division sur une technologie émergente à très forte croissance,  l’impression numérique en 3D.

Nous souhaitons nous rendre à l’édition New-Yorkaise du 3D PRINT SHOW (15 -18 février) qui a spécialement invité WoeLab à venir représenter l’Afrique! Cet évènement qui est l’un des plus gros dédié aux technologies d’impression 3D; est crucial pour nous car il permettra d’identifier des partenaires sérieux qui seraient prêt à miser sur les perspectives de l’innovation W.Afate pour L’Afrique (notamment les applications dans le champ de la santé). C’est aussi le bon prétexte pour nous connecter à la diaspora qui manifeste un intérêt de plus ne plus affirmé à ce que nous réussissons à faire avec des ressources très modestes au Togo. Diaspora qui, dans notre vision des choses, est prioritaire sur d’autres sources classiques d’investissement, s’il fallait explorer des pistes pour venir au relais .

En attendant nous soumettons au financement participatif notre rêve américain à nous de faire ponctuellement  rayonner le savoir-faire technologique de l’Afrique sur le monde !

Contact : http://www.woelabo.com / @senamekoffi / contact(alt)lafricainedarchitecture.com 

About Samir Abdelkrim

Entrepreneur, consultant en innovation et blogueur terrain, Samir Abdelkrim est également le fondateur de StartupBRICS.com, le premier média francophone spécialisé sur l’innovation dans les pays émergents. Samir Abdelkrim passe 8 mois par an à explorer les écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique (dont il a déjà parcouru presque 20 pays), pour rencontrer les meilleures startups du continent. Il connecte les entrepreneurs les plus prometteurs avec des investisseurs et des grands groupes, ou bien leur faire gagner de la visibilité dans les grands titres nationaux comme le Huffington Post, Les Echos ou Le Monde où il est chroniqueur Tech spécialisé sur les startups africaines. Du Sénégal au Botswana en passant par la Tunisie, la Côte d’Ivoire, Madagascar ou le Kenya, Samir Abdelkrim a déjà rencontré une centaine de startups dans le cadre de son projet #TECHAfrique, une expérience terrain et une aventure humaine à la rencontre de ceux qui font battre le pouls de l’Afrique 2.0, expérience dont il tirera un livre en préparation, Startup Lions. Samir est régulièrement invité comme Speaker dans des conférences sur l'innovation qui se tiennent en Europe, aux Etats Unis, en Afrique ou au Moyen Orient comme le festival international South By SouthWest, à Austin, Aspen Institute, le Global Entrepreneurship Summit, le New York Forum Africa, Banque du Liban Accelerate à Beyrouth et plus récemment au siège des Nations Unies.

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